Bulletin n°2

n° 02 – bulletin de l’Organisation des Recherches sur les Environnements Invisibles

Actualité : la Chartreuse, un immense phonolithe ?

C’est à Villeneuve-lez-Avignon que se déplacera le prochain chantier de fouilles de l’O.R.E.I., à l’initiative du CCR de la Chartreuse.

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En effet, après avoir été l’un des lieux de villégiature préféré de la papauté et le siège de trois fondations religieuses, c’est aujourd’hui « l’un des plus riches gisements patrimoniaux de la France méridionale ». Mais ce pourrait être également un remarquable gisement archéophonique… Rendez-vous dans notre prochaine publication.

Visite du chantier archéophonique :
Mardi 17 mars à 18h et 20h

La Chartreuse, Centre Culturel de Rencontre
www.chartreuse.org


Jean-François Larquand & le phonomorphisme

« Au commencement était le Verbe ». C’est par ces paroles célèbres de la Genèse (Jean, 1 :1) que J-F. Larquand aime à ouvrir ses conférences. Fidèle à l’esprit de Marcel Baudot, à l’écoute du monde et aux commandes de sa table cymatique, poursuivant les travaux d’Ernst Chladni, de Margaret Watts Hughes et du Dr Hans Jenny sur l’origine des formes par les sons, on lui doit la notion de phonomorphisme. Il est aujourd’hui directeur de fouilles archéophoniques à l’O.R.E.I. C’est dans son laboratoire de campagne qu’il a bien voulu nous recevoir.

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– Professeur Larquand, depuis votre première thèse de linguistique – qui, on s’en souvient, portait sur la phonation des formules magiques finno-ougriennes – jusqu’à la récente direction des fouilles à l’O.R.E.I., quel a été votre itinéraire ?
– A l’époque de ma première thèse, on considérait encore les travaux de Marcel Baudot comme une curiosité scientifique assez discutable et, pour tout dire, un peu fantaisiste. Pourtant, malgré quelques failles méthodologiques flagrantes, son intuition m’est apparue extrêmement séminale : notamment son approche de la formule « abracadabra », de l’araméen : abra (« qu’il soit fait, créé »), ka (qui tient le rôle de « comme ») et dabra (« la parole »)… En somme, abracadabra signifie « qu’il soit fait comme ma parole ». Baudot avait bien tenté d’observer les effets des mots sur la matière, espérant ainsi retrouver les sons originels de formes présentes à la surface du globe. L’O.R.E.I. conserve d’ailleurs son émouvante « collection » de mots classés par sonorités, qu’il enregistra sur cylindres en 1923. La tâche était titanesque, face aux infinies possibilités de synthèse de « corps composés » que sont les combinaisons de phonèmes et d’intonations. Je procède au contraire de manière analytique, en observant sur la matière l’action de « corps simples », c’est-à-dire de fréquences sinusoïdales. J’applique en fait la théorie des fameuses transformées de Fourier*, selon laquelle « tout son complexe peut se décomposer en une série de sons simples ». En croisant les données des résultats les plus remarquables, j’espère pouvoir obtenir bientôt n’importe quelle forme, tout simplement par synthèse additive.

– Justement, Fourier n’est pas sans rapport avec le département de
glyptophonie, que dirige le Pr. Pølisz ?
– Absolument. Fourier était l’un des premiers scientifiques envoyés en Egypte par Napoléon. Comme par hasard, Fourier est affecté à el-Rachîd, près d’Alexandrie, c’est à dire Rosette. C’est là que le lieutenant Pierre-François-Xavier Bouchard remarque une pierre de plus d’un mètre de haut, gravée à la fois en hiéroglyphes, en démotique et en grec. L’importance de cette trouvaille n’échappe pas à Fourier: bien des années plus tard, alors que l’Angleterre a pris possession de l’Egypte (et de la fameuse « pierre de Rosette ») et qu’il est préfet de l’Isère, il soutient le jeune Jean-François Champollion dans ses recherches sur la pierre de Rosette (c’est d’ailleurs en son hommage que mes parents m’ont appelé Jean-François). Ces recherches mèneront, comme on le sait, à la traduction des hiéroglyphes. Le génie de Champollion a été de découvrir que les hiéroglyphes ne sont pas un alphabet, mais à la fois des idéogrammes et des phonogrammes. Ils symbolisent simultanément des concepts et des sons. Or, l’intuition de Fourier allait bien au-delà. A la suite des travaux de Chladni et de Sophie Germain**, il avait entrevu que cette pierre recélait une quatrième dimension linguistique : c’était aussi un phonoglyphe, qui pouvait restituer acoustiquement les sonorités de la langue sacrée ! Malheureusement, la pierre était désormais aux mains des Anglais, et les empreintes sur papier, dont Champollion s’est servi pour ses recherches, ne rendaient pas compte des informations gravées – pas plus que la photo d’un disque ne peut se s’entendre sur un gramophone. Nous sommes actuellement en relation avec le British Museum, pour que Pølisz puisse enfin aller vérifier sur l’original l’intuition de Fourier, par un relevé glyptophonique direct dont il a le secret.

– A suivre, donc ?

– Après la restitution inespérée des phonautogrammes d’Edouard-Léon Scott de Martinville, ce serait la découverte paléophonique la plus importante du siècle !
– Pr. Larquand, merci.
– Pas de quoi. Cette seule conversation aura permis d’invoquer, donc de faire apparaître et exister, l’espace de quelques instants, quelques personnes et notions absolument essentielles.

 

*Joseph Fourier (1768-1830), mathématicien, physicien et égyptologue français, connu pour ses travaux sur la décomposition de fonctions périodiques en séries trigonométriques convergentes appelées séries de Fourier.
Ne pas confondre avec Charles Fourier (1772-1837), philosophe français, fondateur de l’École sociétaire, considéré par Karl Marx et Engels comme une figure du « socialisme critico – utopique », inventeur des « phalanstères » et « familistères », et, entre autres choses, d’un projet de transformer la mer en océan de limonade. Homonyme donc et apparemment hors sujet, quoique penseur visionnaire, qu’on en juge : « Si vos sciences dictées par la sagesse n’ont servi qu’à perpétuer l’indigence et les déchirements, donnez-nous plutôt des sciences dictées par la folie, pourvu qu’elles calment les fureurs, qu’elles soulagent les misères des peuples », ou encore : « Les deux vices radicaux [de l’organisation actuelle du travail] :
chladni2morcellement industriel et fraude commerciale fardée du nom de libre concurrence »…

 

**Les figures formées par le sable sur les plaques de Chladni (1756-1827) avaient tant impressionné Napoléon que celui-ci décida de lancer un concours doté d’un prix de 3000 Francs pour qui pourrait expliquer le phénomène. C’est Sophie Germain, amie de Fourier et l’une des premières femmes mathématiciennes, qui parvint à donner la théorie mathématique des surfaces élastiques et de la comparer à l’expérience, remportant en 1816 le prix de l’Académie des Sciences.

 


Un gisement archéophonique sur le port de Brest ?

Compte-rendu de chantier de la section France – janvier 2009

didierfourneauC’est à la demande du Fourneau (Centre National des Arts de la Rue) qu’une équipe de l’Organisation, constituée de MM. Larquand, Laroche-Jonquourt, Vauthron, Pølisz, Michelet et Parseihian, a été dépêchée sur le port de Brest pour y vérifier la présence d’acousmates signalés par des riverains et usagers du port.

Signalons pour cette mission la collaboration exceptionnelle de M. Gaëtan Parseihian, jeune doctorant plein d’avenir qui pour l’occasion avait délaissé ses recherches à l’IRCAM. Ses oreilles neuves et ses suggestions pertinentes auront sans nul doute contribué au succès de ces fouilles – notamment par son étroite collaboration avec le Pr. Serge Vauthron : grâce à ses avancées décisives en matière de photophonie, il a été possible de décrypter quelques premières résurgences opto-acoustiques significatives, corroborant ainsi les affirmations d’un ancien docker du port, aujourd’hui « maire du port de ». En effet, cet ancien hangar, aujourd’hui consacré à la fabrication de spectacles, a par le passé abrité d’énormes quantités de son, ce qui expliquerait ses remarquables qualités paléophoniques.
Le Dr. Pølisz, fidèle à sa réputation, a facilement relevé par frottis plusieurs des acousmates signalés par les premiers témoins. Hélas, certains précieux phonogrammes présentant des traces de gravure (d’intéressant gobelets jetables en polychlorure de vinyle trouvés sur le site, datant vraisemblablement de la fin du XXème siècle) n’ont pas résisté à la lecture directe, alors que, soumis au même procédé, un fragment de poterie en terre cuite du XVIIIème a parfaitement restitué les bruissements d’une société humaine.

Le Pr. Larquand a, quant à lui, démontré avec sa verve habituelle qu’ « entre 7260 Hz et 8122 Hz, la matière (ici, du sable obtenu par dessiccation d’échantillons de boues du port) s’informe de figures parfaitement identifiables, preuve que ces fréquences résident bel et bien dans le paysage sonore du site ». Au cours de la journée « Portes ouvertes » organisée par Le Fourneau, Larquand n’a pu résister à faire écouter à un auditoire ému et attentif quelques extraits de la remarquable collection de mots que Baudot enregistra il y a bientôt 80 ans.

bonjourbonsoirNous terminerons avec Emilien de la Roche-Jonquourt qui, après une minutieuse auscultation des abords, a fait partager au public ses premières conclusions : la grande porte métallique du Fourneau, véritable tympan géant, capte depuis plusieurs décennies tous les sons du port et il lui a été facile, au travers des inévitables parasites radioélectriques dont est aujourd’hui parcouru l’éther, d’identifier plusieurs couches de rémanences paléophoniques (notamment une forte dominante de mouettes).