Bulletin n°10

n° 10 – bulletin de l’Organisation des Recherches sur les Environnements Invisibles

Prochain chantier :  Aubervilliers, secteur rue des Cités / rue Sadi Carnot

La Villa Mais d’Ici d’Aubervilliers fête cette année son 10e anniversaire. Ce très ancien site industriel de la rue des Cités, aujourd’hui « friche culturelle de proximité » qui abrite depuis 2003 des dizaines d’artistes et compagnies sous ses tôles rouillées, recèle encore d’autres bien étranges surprises dans son histoire : c’est en fouillant les archives de l’Organisation que nous avons découvert qu’Aubervilliers était l’un des tous premiers sites archéophoniques détectés par Baudot par la technique des photos aériennes. Des photos aériennes ? En 1913 ? [1]

Il faut se souvenir qu’il y a exactement un siècle, l’un des plus vieux rêves de l’Homme peine encore à se réaliser, et divise les partisans des aéronefs en deux camps : les « plus lourds que l’air » et les « plus légers que l’air ».

ballons nefOuverture du Premier Salon de la locomotion aérienne le 25 septembre 1909, au Grand Palais. Ballons, dirigeables et saucisses volantes y dominent encore les fragiles et pétaradants « plus lourds que l’air ». C’est ici que Baudot fait la rencontre de Louis Malécot, et que la paléophonie connaît un nouvel essor.

On sait que dès le 29 septembre 1909, Marcel s’est rendu au Grand Palais, au premier Salon de la Locomotion aérienne. C’est là qu’il rencontre l’un des plus farouches partisans des « plus légers que l’air », l’intrépide Louis Malécot et son fameux aéronef, beaucoup plus stable et sûr que les premiers monoplans et biplans de l’époque, et bien plus maniable que les grands dirigeables Clément-Bayard et autres Zeppelins. Les deux hommes se plaisent, Baudot va enfin pouvoir vérifier l’intuition que la lecture de multiples cartes lui a inspiré : vu du ciel, le secteur Pantin-Aubervilliers ressemblerait à une gigantesque oreille ! Plusieurs survols de ce territoire seront effectués jusqu’en 1913.

Louis malécotLouis Malécot aux commandes de son aéronef, avant son départ pour le ciel d’Aubervilliers. Derrière son fidèle mécanicien Yvon, on devine Marcel Baudot.

aeronef_pte_flandre_4Fi0695Le « Malécot » immortalisé dans le ciel d’Aubervilliers

cliché rue des citesUn des nombreux clichés pris au cours de cette expédition, et qui mirent Baudot sur la piste de la rue des Cités…

Nous ne manquerons pas de vous rendre compte des premiers résultats de ces fouilles, au cours de la visite organisée pour le grand public

à la Villa Mais d’Ici – 77 rue des Cités – 93 300 Aubervilliers
Vendredi 18 octobre 2013 à 20h30

…Et dans nos prochains bulletins, bien sûr !


[1]

Douze ans avant ses premiers clichés, à bord d’un Breguet XIV en compagnie du Père Antoine Poidebard (voir notre bulletin OREI N°7)


La vie des chantiers

  • FOUILLES A L’U4, UCKANGE

En 1991 s’éteignait l’U4, plongeant ainsi le site des hauts-fourneaux d’Uckange dans un silence définitif. Définitif ? Voire…

Sauvé in extremis de la destruction, l’U4 est désormais l’un des derniers témoins d’une France en voie de disparition : la France des maîtres de forge, du travail pour tous, du bonheur promis par la production et la consommation de masse. Une France héritée d’un XIXème siècle industriel où de hautes cheminées fièrement dressées vers le ciel crachaient triomphalement d’épais panaches de fumée noire, et où toute la cité vibrait des rythmes et des halètements de la machine.

Pourtant, l’U4 n’a peut-être pas totalement sombré dans le profond silence des sépultures. Il semble au contraire, comme l’ont affirmé certains visiteurs et riverains, que l’on y entende parfois, comme en filigrane, certains sons mystérieux. S’agissait-il du « chant de la rouille » ? Du vent jouant dans les superstructures ? Ou bien… d’authentiques manifestations paléophoniques ? Seule une équipe de l’OREI pouvait analyser ces manifestations acousmatiques et déterminer s’il s’agissait de véritables résurgences acoustiques fossiles ou bien du fruit de la trop fertile imagination collective (dont on sait que, si elle est parfois ensemencée par le souvenir, elle est trop souvent irriguée par de généreuses tournées au bar). La récente fermeture du site de Florange, situé à un jet de pierre, est une occasion supplémentaire de revenir sur ces fouilles qui furent particulièrement émouvantes.

Un cimetière de sons ?

De bien sympathiques visites de chantiers en compagnie des chercheurs étaient organisées les 25 et 26 août 2012, à 15h et 17h. De nombreux visiteurs, anciens travailleurs des hauts-fourneaux, ont pu témoigner et nous aider à identifier certains sons fossiles encore très présents sur le site.

u4b1Les zones de fouilles de MM. Laroche-Joncquourt & Michelet

u4b2La « minette de Lorraine » et autres minerais exposés à l’U4 n’ont pas manqué d’intéresser le prof. Larquand pour ses démonstrations d’information cymatique de la matière !

u4b3Ni vestige d’un pupitre de mixage d’un antique studio, ni passerelle d’un vaisseau spatial oublié : la salle des commandes de la sous-station électrique. Aujourd’hui inaccessible au public… mais pas aux chercheurs en paléophonie !

Retrouvez les photos de famille des chantiers ici.

  • FOUILLES A L’UPMC – UNIVERSITE PIERRE ET MARIE CURIE ( PARIS 6 – JUSSIEU)

En patient désamiantage depuis plusieurs années, l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6 – Jussieu, pour les anciens) achèvera bientôt son gigantesque chantier de rénovation. Est-ce parce que ce chantier vient aujourd’hui frôler les derniers vestiges archéologiques de l’ancienne halle aux vins – elle-même bâtie sur les ruines le l’abbaye St Victor, véritable épicentre médiéval de l’enseignement universitaire dans l’Europe du XIIème siècle –, que certains ouvriers ont affirmé avoir entendu, certains soirs après que l’extinction des machines, d’étranges frémissements dans la pierre ?

Il était urgent de dépêcher une équipe d’experts en archéophonie avant que de potentiels vestiges paléophoniques ne soient définitivement détruits. C’est donc tout naturellement que nos collègues E. Laroche-Joncquourt et R. Michelet ont été dépêchés sur site, sous l’aimable autorité de J-F. Larquand qui, comme à l’accoutumée, dirigeait ces fouilles.

ancien plan JussieuSur cette ancienne carte figure encore le site de la halle aux vins, sur lequel s’est édifiée l’Université à partir des années 1960.

Cohn-Bendit tour jussieuAllions-nous trouver des échos fossilisés d’Alain Geismar et Daniel Cohn-Bendit, prenant la parole, en mai 68, de l’intérieur des bâtiments de Jussieu ?

Marcel Baudot et Félix Esclangon : le rendez-vous manqué

Une surprise de taille nous attendait en arrivant sur place, lorsque nous nous aperçûmes que les fouilles convergeaient vers le bâtiment dit « Esclangon », lui-même édifié sur les ruines de l’ancien laboratoire Esclangon construit en 1957 !

En effet, comme on le sait, Marcel Baudot et Félix Esclangon avaient sympathisé en 1940, alors qu’ils étaient tous deux affectés au Centre de Recherche de la Marine. Ils s’étaient retrouvés à Paris 15 ans plus tard, car Baudot pensait qu’Esclangon pourrait certainement lui fournir des éléments théoriques sur certains phénomènes photophoniques, vraisemblablement liés à la radioactivité. Ce 5 mai 1956, Félix avait donc donné rendez-vous à Marcel après ses cours. Mais Félix ne vint jamais. Distraction fatale ou vétusté du matériel ? Toujours est-il qu’en pleine démonstration, au 12 de la rue Cuvier, Félix Esclangon est foudroyé devant ses étudiants par un éclair de plusieurs milliers de volts ; tandis que par ce bel après-midi de printemps, Marcel l’attendait à quelques mètres de là, sur un banc du Jardin des Plantes, près du squelette de la baleine.

Marcel devait disparaître à son tour exactement un an plus tard, dans des circonstances encore inexpliquées.

Que reste-t-il de toutes ces époques ? Plus aucun vestige de l’abbaye St-Victor, quelques vieilles pierres de la Halle aux Vins et de l’ancien laboratoire Esclangon, construit en 1957 au-dessus des caves Dubonnet… Dubo, Dubon, Dubonnet. Cet établissement, si bavard lorsqu’il s’agit d’avenir, semble bien muet dès qu’il s’agit de son passé. Muet ? Peut-être pas… Car après seulement quelques jours d’analyses et de prélèvements in situ nous pouvions affirmer que nous étions bien en présence d’acousmates.

upmcb2Plus rien ne subsiste de l’amphithéâtre de physique de l’annexe de la faculté des sciences ouverte en 1894, au 12 de la rue Cuvier, où Félix Esclangon donna son dernier cours, et où se dresse aujourd’hui l’Institut de Physique du Globe. Pourtant, comme l’atteste cette photo prise en 2008, le petit atelier où Marie Curie faisait ses expériences sur la radioactivité – à mains nues  – a été préservé. Ce qui pourrait expliquer certaines interférences dues à un important foyer de radiations…

upmcb3…Interférences particulièrement audibles lorsqu’on braque un DIPA en direction des bâtiments qui s’élèvent aujourd’hui à cet emplacement.

upmcb4upmcb5Merci aux nombreux(ses) et sympathiques collègues du monde de la recherche qui sont venu(e)s se joindre à nous et contribuer à ces fouilles par leur rigueur scientifique et leur bonne humeur.

upmcb6C’est dans les caves de la maison Dubonnet – ultimes vestiges de la Halle aux vins sur lesquels furent construits successivement les deux bâtiments Esclangon – que J-F Larquand nous fit ses conférences-démonstrations sur la phonomorphogenèse, opérant ici (avec l’esprit d’à-propos légèrement espiègle qu’on lui connaît) sur de la poussière d’amiante.

Retrouvez les photos de famille des chantiers ici.


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